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lundi 8 septembre 2008

Rachida Dati et l’hétérosexisme

Jusqu’ici, on pensait à Rachida Dati pour illustrer la problématique de l’immigration ou de l’intégration, des Arabes ou des musulmans. Or son histoire personnelle éclaire tout autant la problématique de l’hétérosexisme, c’est-à-dire la norme du couple hétérosexuel, qui exerce son empire sur tous, et d’abord sur les hétérosexuels eux-mêmes. C’est que Rachida Dati est une femme hétérosexuelle qui tente de se battre contre l’hétérosexisme.

En ce sens, deux épisodes parmi d’autres éclairent son parcours. Le premier est relaté par la ministre elle-même dans le livre d’entretiens avec Claude Askolovitch qu’elle a publié récemment chez Grasset, et qui s’intitule Je vous fais juges. Elle y évoque le mariage qu’elle a contracté dans sa jeunesse. Ce n’était pas un mariage forcé, ni même un mariage arrangé, précise-t-elle : c’était « une aberration sans doute, mais consentie ». Or la suite du dialogue est révélatrice :

-Je me suis dit que ça pourrait peut-être marcher. Qu'on ne m'ennuierait plus avec mon statut de femme célibataire...

-On vous embêtait ?

-Vous savez ce que c'est. Ou plutôt, vous ne savez pas ! Ce sont des discussions, des pressions récurrentes ; l'environnement. Les gens qui interrogent mes parents,
à Chalon. Une atmosphère... L'envie qui vous prend de céder, de laisser aller, de faire plaisir... Je me dis qu'après tout être mariée me donnera un statut.

En quelques mots, sans doute sans le savoir, Rachida Dati vient de définir l’hétérosexisme. Car la norme du couple hétérosexuel, c’est d’abord la norme du couple. A l’évidence, son « statut de femme célibataire » posait problème à son entourage. Les « discussions », les « pressions », « l’environnement », l’« atmosphère », tous ces mots décrivent l’expérience d’une norme qui ne conçoit la femme que dans le rapport à l’homme –autrement, pas de statut légitime. C’est pourquoi la jeune fille finit par « céder ». En ce sens, on le voit, ce « consentement » n’était pas totalement libre. Mais aussitôt, elle comprend son erreur, et tente, non sans succès, de faire annuler son mariage. Comme elle l’explique elle-même : « J'avais consenti à une cérémonie contre nature... » Propos révélateur…

Le second épisode, c’est bien sûr sa grossesse. La rumeur fut finalement confirmée par la ministre, qui refuse cependant de préciser le nom du père. Elle explique seulement qu’elle a une vie privée « compliquée ». Les supputations vont bon train. Ne serait-ce pas José Maria Aznar ? A moins que ce ne soit Dominique Desseigne, PDG du groupe Lucien Barrière, ou encore Henri Proglio, patron de Veolia Environnement ? D’autres lancent le nom de l’animateur, Arthur. Mais Rachida Dati refuse d’en dire davantage ; c’est sa vie privée. Et elle entend exercer ses fonctions ministérielles jusqu’au bout : « ce n’est pas une maladie. » Là encore, la nervosité du public tient au fait qu’une femme publique qui devient mère sans père, cela gêne tout le monde. Si encore elle disait qu’il y a un homme, quel qu’il soit, régulièrement à ses côtés, on serait en partie soulagé. Mais non, elle ne dit rien.

Rachida Dati est donc cette femme étonnante qui accepte le mariage, mais repousse le mari, qui devient mère sans dire qui est le père. Or, en tant que femme publique, à la tête d’un ministère aux fonctions régaliennes, elle exerce son autorité de manière brutale, c’est-à-dire masculine, tout en jouant dans les revues people sur une féminité exacerbée par les apprêts de Christian Dior, de Chanel ou de Prada. Une femme, très femme, qui agit comme un homme, qui accepte les hommes et semble les refuser. En ce sens, on le voit bien, elle ne cesse de déroger aux règles assignées aux personnes de son genre, qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en plaigne…

vendredi 5 septembre 2008

New York, nouvel échec de la Straight Pride...

Le 31 août 2008 se tenait à Brooklyn une « Straight Pride ». Répondant au principe de la « Gay Pride », ou plutôt s’y opposant, cette manifestation était organisée par le label TCOOO Productions, une compagnie spécialisée dans la production d’artistes de reggae et de dancehall. Cette marche se présentait en soi comme un événement, ou du moins comme un symbole : c’était le coming out de l’hétérosexualité à New York, dans cette ville phare du monde occidental...

La Straight Pride de New York était directement liée à la campagne « Stop Murder Music », lancée depuis quelques années par les mouvements homosexuels aux Etats-Unis, mais aussi en Europe et dans les Caraïbes. En effet, il s’agissait de s’opposer à des artistes de raga et de dancehall dont les chansons appellent à tuer, à brûler, à fusiller les « chi chi men », c’est-à-dire les homosexuels. Réagissant à cette campagne qui les visait, certains leaders de la communauté incriminée avaient décidé de prendre le taureau par les cornes. Le président de TCOOO explique ainsi les raisons de la Pride dont il était l’organisateur : “Ils ont annulé les concerts d’artistes comme Buju Banton, Sizzla Kalonji et Capleton, et je suis resté assis à regarder sans rien faire. Mais quand la communauté gaie s’est attaquée à des artistes de TCOOO comme Vineyard, le Prêtre rebelle, Stapler et Jango Fresh, nous avons décidé qu’il fallait faire une démonstration de force. »

Quant au fameux Jango Fresh, il avait lui-même expliqué : « la Straight Parade est une idée formidable car lorsqu’une chanson comme « Hit them hard », composée par mon camarade Stapler peut être interdite juste parce qu’elle affirme l’importance d’un homme et d’une femme dans chaque famille, c’est le signe qu’il est temps pour les hétérosexuels de se réveiller. » Certes, Jango Fresh était un peu de mauvaise foi ; son ami Stapler ne se contentait pas « juste » d’affirmer qu’il faudrait un homme et une femme dans chaque famille, il affirmait aussi, et ce dès le début de sa chanson, qu’il entendait frapper durement tous les hommes qui rendent visite aux hommes par derrière (« Jah Jah gonna hit them hard, All the men who visit men backyard ») ; et le titre de sa chanson, comme le rappellait Jango lui-même, était assez clair : frappe-les fort.

Cependant, la Straight Pride de Brooklyn ne rassembla pas plus de 500 manifestants, et son retentissement médiatique fut assez faible. En ce sens, cette manifestation à New York, dont certains attendaient beaucoup, ne faisait guère mieux que celles qui avaient précédé.